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Les transformations de l’entreprise et leurs effets sur la relation de travail. Enquêtes dans les secteurs de la métallurgie et de la grande distribution

Programme financé par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS), division Sciences humaines et sociales

Jean-Michel Bonvin, Nicola Cianferoni et Frédéric Widmer

La relation de travail taylorienne-fordiste, caractérisée par un échange « sécurité contre subordination », tend à être remise en cause dans l’entreprise contemporaine, où la subordination au travail est censée être supplantée par la capacité de prendre des initiatives et la créativité tandis que la sécurité de l’emploi ou les garanties données en termes de bienêtre matériel sont remises en question dans un cadre plus propice à la flexibilisation de la relation d’emploi et des conditions de travail.

La littérature académique distingue deux formes de flexibilisation : l’une interne et l’autre externe. La flexibilité interne se manifeste sur le triple plan des salaires, des horaires de travail et des compétences requises pour exercer son travail. Sont ainsi introduites de nouvelles formes de management où l’implication des travailleurs est davantage sollicitée : distribution plus horizontale des responsabilités (travail en équipes), promotion de la polyvalence, horaires plus flexibles, stratégies de gestion des ressources humaines visant à favoriser l’implication au travail telles que le salaire au mérite, etc.

Dans la littérature sociologique, ces transformations font l’objet d’appréciations contrastées : pour certains, elles favoriseraient l’autonomisation et la réalisation de soi au travail ; pour d’autres, il s’agit d’outils au service d’une subordination accrue des travailleurs. La flexibilité externe désigne la possibilité de faire fluctuer les effectifs (travail temporaire, procédures de licenciement facilitées, etc.). Si d’un côté, elle peut favoriser l’adaptabilité de l’entreprise aux nouvelles conditions économiques, de l’autre, elle peut remettre en question la sécurité de l’emploi et l’identification du travailleur à son entreprise.

C’est dans la conjugaison de ce double mouvement (flexibilisation interne et externe) que se jouent les enjeux principaux de la relation de travail au sein de l’entreprise contemporaine. Comment les exigences de compétitivité se concilient-elles avec les droits des travailleurs (en termes de bienêtre matériel, de sécurité de l’emploi et de conditions de travail) ? Notre projet poursuit un double objectif : a) Analyser la portée effective de ces transformations : les entreprises ont-elles réellement abandonné le modèle taylorien-fordiste? b) Évaluer les conséquences des transformations actuelles sur les termes de la relation de travail (rapports entre direction et personnel, droits des travailleurs, etc.), sur l’implication des travailleurs et leur identification à l’entreprise.

La recherche se déploiera sur 24 mois et portera sur quatre études de cas approfondies dans l’industrie des machines (secondaire) et la grande distribution (tertiaire). Ces deux branches figurent parmi les plus grands pourvoyeurs d’emploi de l’économie suisse, et disposent de conventions collectives qui laissent une grande marge de manœuvre aux acteurs de l’entreprise. Nous analyserons les mesures de flexibilisation négociées au sein des quatre sociétés (Migros, Coop, Bombardier et Tesa), ce qui nous procurera un matériau empirique riche et original. Ces entreprises ont déjà confirmé leur disponibilité à collaborer dans le cadre de cette étude.

Quinze à vingt entretiens approfondis seront menés par entreprise (avec des membres de la direction, des cadres, des travailleurs ainsi que des représentants du personnel), à quoi s’ajoutera le dépouillement des documents internes (rapports de gestion, communiqués de presse, etc.).

Sur le plan scientifique, les résultats attendus consistent dans une connaissance approfondie d’un phénomène très peu étudié sur le plan sociologique en Suisse : les transformations actuelles de l’entreprise et leur impact sur la relation de travail. Sur le plan pratique, l’appréhension de la manière dont les enjeux liés à la flexibilité et à la réorganisation du travail sont perçus et construits par les différents acteurs concernés permettra d’informer les débats entre partenaires sociaux à la fois au niveau de la branche et à celui de l’entreprise.